02.11.2008
Tranquillité
Pas un bruit. Ou plutôt… le seul bruit d’un train lancé à toute allure sur les rails. Un vrombissement régulier et sourd, qui berce les voyageurs déjà embrumés dans un léger sommeil. Dans la voiture 8 du TGV n° 8073 en direction de Rennes, le silence est complet. D’habitude les voyages en train se caractérisent par une rumeur mêlée de discussions, sonneries de téléphones, messages du contrôleur ou du personnel de bord. Le voyage de ce soir est chargé d’une ambiance bien différente. Traditionnels froissements de paquets de chips ou chiffonnements de sacs plastiques, va-et-vient des voyageurs qui se déplacent dans les wagons ont cédé la place à un calme olympien. Certains lecteurs, lorsqu’ils tournent les pages, s’emploient à être le plus discret du monde. Les dormeurs qui ont pris leur tête entre leurs bras croisés ne ronflent même pas. Le constant s’impose dès lors : c’est l’apaisement général. Un apaisement tellement contagieux que le contrôleur n’est pas passé. Poinçonner les billets serait probablement trop bruyant.
Seul bémol dans cette quiétude ambiante : une lumière quelque peu trop jaune et agressive pour les yeux. Ceux qui se réveillent à l’approche d’une gare d’arrêt peinent à se réadapter à un éclairage trop peu naturel qui tranche violemment avec le noir complet de l’extérieur. Difficile de reprendre des repères et de retrouver sa valise. Mais il faut faire vite, le train ne s’arrête que deux minutes en gare. Manteau sur les épaules, valise prête à rouler sur le quai, le voyageur nocturne doit changer de rythme et sortir.
Dommage… Paris-Rennes, voiture 8, départ à 22h05, c’était tranquillité garantie.
Autre ambiance :
Cimetière
Belle Toussaint
Des voitures se garent sur un parking de gravillons, quelques portent claquent. Esprit familial du dimanche matin en campagne : petits-enfants, enfants et grands-parents sont réunis. Endimanchés, les bras chargés de fleurs aux couleurs chaudes et de jardinières de chrysanthèmes, ils avancent vers l’entrée. Quelques éclats de rire se font encore entendre. Devant la grille, un bruit de tirelire : des bénévoles font la quête pour la commémoration des militaires français.
Le paysage, lui, semble s’être arrêté. La campagne encore verdoyante est recouverte d’une épaisse brume qui laisse penser que derrière l’impression de vie et de joie, quelque chose de plus lourd va se faire jour. A peine la grille passée, la joie d’être en famille supporte déjà un poids nouveau. Les enfants ne parlent plus, ne sautent plus à la marelle et les parents baissent la tête. L’heure est au recueillement.
Le carré dans lequel les familles pénètrent depuis ce matin est un joli cimetière aux allés propres et aux tombes déjà largement embellies par les visiteurs des jours précédents. En ce samedi matin, jour de la Toussaint, ce n’est pas encore la foule, la messe n’est pas terminée. Les cloches sonnent d’ailleurs à divers instants, les traditionnels airs de messe s’évaporent dans les rues et sur la campagne alentours.
Claquements de talons, contact des pots en terre sur les pierres tombales, légers coups de balais pour enlever l’eau qui s’est accumulée depuis la matinée. Une rumeur légère d’où se dégage une impression de respect mutuel.
Le gris du ciel ne gâche en rien la chaleur colorée des fleurs. Seule l’odeur et les parfums mélangés des jardinières manquent, la pluie recouvrant les émanations florales.
La Toussaint est belle, malgré tout.
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20.01.2008
Extrait de mon ancien blog - expérience Erasmus
Trois semaines à Würzburg
Ce blog est destiné à faire part de mon expérience en tant qu'étudiante Erasmus.
Je suis fortement intéressée par le journalisme, je vais essayer, ici, d'analyser mon séjour sous un aspect journalistique. Je ne prétends pas être Le Monde, mais je vais travailler mon style. Ceci est ma première intervention.
Trois semaines, déjà, que je suis ici, à Würzburg, en qualité d'étudiante Erasmus. J'étudie la Germanistik, septième semestre. Ce qui veut dire que je suis en Master 1 d'Allemand, selon les critères français. En Allemagne, l'université fonctionne par semestres et non pas par années. C'est entre autres à cause de cette organisation que des réformes ont été mises en place en France, l'an dernier (souvenez-vous des grèves étudiantes qui ont malheureusement échouées) et que désormais, en France, les semestres ne se compensent plus. Une nouvelle sélection, encore et toujours. Mes premières impressions sont mêlées d'éblouissement et de questions.
Eblouissement pour ce pays que j'aime tant, dans lequel j'ai tellement attendu de vivre ne serait-ce qu'un an. Je suis éblouie par la ville, Würzburg, son charme, sa grandeur. Il y a ici un savant mélange d'architecture essentiellement 18e siècle et de verdure. C'est très agréable à vivre. Les bâtiments sont imposants, une base solide, c'est rassurant. Il y a soixante an, cette ville était détruite à cause de la guerre, on n'y voit aucune trace, sincèrement. La ville est entourée de vignes, un paysage qui m'était totalement étranger auparavant. Cela donne vraiment une substance, c'est incroyable. Et au milieu de toutes ces vignes, un château, "Die Festung", une forteresse plus exactement. Elle est seule, surplombant Würzburg. La nuit, elle est éclairée, et ça me fait l'effet qu'elle nous surveille.
Je suis encore éblouie par le calme qui règne ici. Très peu de voitures, mais beaucoup de vélos et de piétons, les tramways, les bus. Forcément, c'est bien moins stressant que les klaxons rennais. Les gens ont l'air détendu, pour preuve, ils attendent tous que le feu passe au vert pour traverser, ce qui est impensable en France. Cette attente n'est en fait pas subie comme une contrainte, c'est parfaitement normal. Ceci n'est qu'un exemple de l'attitude détendue des gens. Je pourrai citer les magasins, ou la montée dans le bus qui ne se fait sans encombre, chacun tend son titre de transport au conducteur, le soir, après 20h, sans que cela ne pose le moindre problème. Je ressens comme une sorte de respect permanent entre les individus. Je pense que ce n'est pas aussi simple, mais ça en donne l'impression.
A l'université, je retrouve cette ambiance. Chacun est libre et en même temps, respecte l'autre. Par exemple, en cours, l'enseignant laisse les élèves poser les questions sans que cela ne semble être une contrainte de ce style : "Oh mon dieu, il va me faire perdre cinq minutes, je ne pourrai pas finir mon cours". Les élèves participent, volontairement, mais l'enseignant garde l'autorité. Ce qu'il y a, c'est qu'il est tout simplement ouvert au débat, à la remise en question, aspect qui manque parfois cruellement en France. En effet, dans le système français, le professeur est trop souvent considéré comme une divinité nous prêchant la parole sainte que nous prenons en note, sans broncher et surtout, sans la questionner. Bien entendu, il y a des exceptions, on a tous des souvenirs d'enseignants particulièrement marquants car hors de ce système. Je ne veux pas dire par là que le contenu est mauvais. Bien au contraire, à l'université, les professeurs sont spécialistes d'une discipline, je ne peux pas le leur enlever. Ils dominent leur sujet, ça se sent. Mais la forme serait à revoir, à mon avis. Assistez ne serait-ce qu'une fois à un cours de didactique et vous verrez, il existe des alternatives à l'apprentissage unidirectionnel.
Cette expérience, donc, on l'aura compris, m'éblouit. Ce qui laisse tout de même la place à des interrogations. En effet, Je ne somprends pas, par exemple, comment on peut laisser des distributeurs de cigarettes dans la rue. N'importe qui peut se servir de ces machines, du plus jeune au plus âgés. Et ça ne s'arrête pas là : les cigarettes sont en ventes au caisses des grands magasins et on peut voir des publicités dans les rues et au cinéma. Effrayant !!!
Ici, je peux aussi voir moultes représentations de la religion. Venant d'un pays laïque, bien entendu, je ne suis pas coutumière de ce fait, et, pour l'instant, cela me choque. Je vois des Sainte-Marie ou des Jésus sur les maisons, aux fenêtres ou encore dsur des bâtiments. La religion qui pour moi représente une affaire privée devient alors ostentatoire ce qui, à mon goût, lui enlève beaucoup de son côté sacré, intime. Il faut dire qu'à Würzburg, avant la seconde guerre mondiale, il existait cinquante-cinq églises. C'est vraiment une affaire de culture. Je ne juge pas, mais je m'interroge sur la profondeur réelle de ces signes. Luther lui-même dirait qu'il ne sert à rien de donner des signes de foi, il faut la vivre intimement, au plus profond de soi.
http://www.wuerzburg.de : site de l'office de tourisme de Würzburg. Dans la rubrique "Service", vous trouverez une webcam.
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Extrait de mon ancien blog - expérience Erasmus - suite
Suite, après relecture
J'ai lu et relu ma première intervention qui ne me satisfait que dans une certaine mesure. J'ai oublié quelque chose d'essentiel : mes impressions à moi, en tant qu'étrangère. Je suis éblouie, certes, mais je sui Française en Allemagne, et ce n'est pas forcément tous les jours rose.
Seulement depuis quelques jours, je réussis à surmonter le "fossé" des cultures. Fossé est un bien grand mot, car je reste en Europe, je retrouve des marques habituellles. Ceci dit, je ne les ai pas trouvées d'un coup de baguette magique. Il a fallu silloner la ville, y trouver des points de repères, ne pas se perdre la nuit (le noir me donnait l'impression d'être à nouveau dans une autre ville que Würzburg). Ceci se fait petit à petit, au travers de promenades, de courses, de rendez-vous. C'est très agréable et à la fois paniquant lorsque l'on ne connaît encore rien. On voudrait que cet endroit nous soit tout de suite familier. Mais quel plaisir lorsqu'il le devient au bout de quelques jours, d'une semaine !!
Une autre difficulté à surmonter, c'est que ce nouvel univers m'est, dans un premier temps, hostile. Je ne connais pas les coutumes locales, je ne sais pas ce à quoi je dois faire attention et cela donne réellement un côté stressant. Les vélos, par exemple, sont tellement nombreux, que c'est à nous, piétons, d'y faire attention et non pas l'inverse comme en France. C'est frustrant car plusieurs dois j'ai failli rentrer en collision avec des cyclisyes. Par frustrant, j'entends le fait que je voulais contrôler la situation être maître de mes actes, de mon environnement. Hors, cela tombe sous le sens que ça ne se fait pas en un jour. Je n'ai accepté ce fait que depuis quelques jours. Je dois m'habituer aux changements, être dans un premier temps "passive", observer pour ensuite mieux régir aux situations de ce genre.
Voilà, c'est un aspect que je voulais aussi tenter d'exprimer, ce côté "je suis à l'étranger tout de même". Je ne suis pas perdue, mais parfois encore un peu circonspecte.
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Extrait de mon ancien blog - expérience Erasmus - suite
31 octobre 2005
La liberté encadrée.
Demain, premier novembre, c'est aussi un jour férié en Allemagne. Ce n'est pas un jour de fête, et pourtant, dans les magasins, je me suis entendue dire "Einen schönen Feiertag", ce qui veut dire, "je vous souhaite une joyeux jour férié". Etrange !! Petite remarque, en passant. Ce que je souhaite évoquer auourd'hui est plus "conceptuel".
En effet, je voudrais faire part d'une réflexion qui a mûri dans me tête depuis que je suis ici, depuis que j'observe. Car il faut l'avouer, tous mes sens sont en éveil, je lis, j'écoute, je regarde, je sens, je touche (berühren)... Et ce qui m'a frappé c'est que l'image que le peuple allemand a en France se vérifie. On dit souvent que les Allemands sont carrés, qu'ils savent ce qu'ils veulent, qu'ils sont sérieux dans leur travail, dans leurs entreprises. Mais tout ceci n'est en réalité et à mon humble avis qu'un cadre. Un cadre rigide, peu maléable, un cadre quoi ! Cependant, dans ce cadre, la liberté d'agir et de penser est très grande. Pour exemple, je citerai les différents styles vestimentaires qui s'expriment à Würzburg : cela va de la personne fashion victim, vêtements derniers cris au gothique en passant pas les baba cool, les sportifs, etc. Mais personne ne se toise, ne juge l'autre, et soyez-en convaincu, c'est tellement agréable !! J'ai l'impression que la différence est ressentie comme une occasion de partage avec l'autre et non pas comme une appartenance à un groupe, ce qui exclut alors tous ceux qui ne sont pas identiques. Cette notion de partage, je la ressens, elle est présente, réellement. En cours, cela se confirme, j'ai déjà abordé ce sujet lors de ma toute première intervention. Dans la ville elle-même cela se voit. Elle est imprégnée de cultures différentes, de styles différents. Pour preuves, ces quelques photos : une bibliothèque dans un style baroque relativement fourni, une rue avec des bâtiments de différentes couleurs et de différents styles. Enfin, la mairie, encore d'une autre époque, ou la simplicité était mot d'ordre.
Il y a aussi une réelle liberté d'action. Il est impensable, en France, de voir les étudiant organiser, dans les locaux de l'université, une grande fête à l'occasion du début du premier semestre. A Würzburg, c'est parfaitement normal. J'ai assisté à cette fête, les gens se comptaient par milliers, et l'on pouvait acherter de la bière, des cocktails, fumer du narguilé... J'étais ébahie. Et tout se passe sans problème, le tout étant très bien encadrés, comme les Allemands savent le faire finalement. Le lendemain, aucun dégât à déplorer, une université propre, ne portant pas les traces d'une fête géante. Il me semble que cette liberté encadrée est par cela même moins hypocrite. Le président de la fac, en prêtant ses locaux, sait que les étudiant vont boire, fumer... Mais je suis pour l'instant persuadée que le fait d'autoriser ces manifestations tout en donnant des limites les rend par là-même moins dangereuses car elles ne sont pas taboo.
Un autre exemple incroyable se trouve dans ma résidence. Je suis en cité universitaire, et je fus extrêment surprise, dans un premier temps, d'y trouver un distributeur de préservatifs. Mais après réflexion, voici ce que j'en pense : les responsable savent, qu'à notre âge, nous avons des envies. Et plutôt que de risquer nos vies, ils mettent ceci à notre disposition, l'air de dire "Nous savons ce qui peut se passer. Simplement, protégez-vous". Il n'y a pas de distributeur tous les deux mètres, l'Allemagne n'est pas un lieu de luxure. Cependant, le cadre est donné, les bases pour une vie saine. Quelques excès, mais contrôlés. Je vois ça sous un oeil positif, à l'heure où j'en suis dans mon expérience.
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